Eglises et pouvoir politique en Afrique :

Le cas du Congo-Brazzaville

Depuis les indépendances, les diverses Eglises d’Afrique ont joué un rôle remarquable dans les démocratisations enclenchées ces dernières années sur l’ensemble du continent, en prenant une part active, parfois décisive, dans la marche des nations vers l’ouverture au pluralisme politique, vers la démocratie. Dans cette effervescence, certains Etats ont subi, plus que d’autres, une influence beaucoup plus grande des confessions religieuses ; tout comme certaines confessions religieuses, par leur importance sociale, auront marqué plus que d’autres l’évolution politique de leurs pays.

Faire une évaluation globale de cet apport des Eglises à la démocratisation des Etats africains nous paraît revêtir un intérêt énorme. Du point de vue historique d’abord : il s’agirait de léguer à la postérité un témoignage sur une époque cruciale, mais aussi déterminante, de la vie et des Eglises et des Etats. D’un point de vue socio-politique ensuite : il est utile d’évaluer la contribution des différents corps sociaux à ces processus; la tendance est forte de se limiter aux seuls acteurs politiques proprement dits, alors que les Eglises se sont avérées particulièrement influentes pour modifier ou infléchir certaines évolutions politiques. Enfin pour les Eglises elles-mêmes, évaluer leur contribution permettrait d’apprécier les efforts fournis et ceux qui restent à fournir.

Dans les pays à forte concentration chrétienne, les Eglises chrétiennes, toutes obédiences confondues, ont apporté une contribution substantielle à l’instauration ou à l’aboutissement des démocratisations depuis 1990. Au Congo-Brazzaville, c’est par une série de lettres, celui de l’épiscopat catholique autant que celui du Conseil Œcuménique des Eglises Chrétiennes, que les Eglises se sont jointes aux revendications populaires. Un peu partout sur le continent, les hiérarchies ecclésiales auront largement pris part aux débats politiques ci et là engagés.

Pour les catholiques, autour des années 1990-1991, ce fut surtout la figure des évêques-présidents des Conférences nationales qui a prédominé dans cet investissement en faveur de la démocratie. Mgr De Souza, archevêque coadjuteur de Cotonou, au Bénin ; Mgr Ernest Kombo, évêque d’Owando, au Congo ; Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, archevêque de Kisangani, au Zaïre ; Mgr Philippe Fanoko Kossi, évêque d’Atakpamé, au Togo ; et Mgr Basila Mvé, évêque d’Oyem, au Gabon. Quel bilan peut-on dresser de cette intrusion du clergé dans le monde diabolique de la politique africaine ? Le « bon grain a-t-il réussi à convertir l’ivraie » ou « l’ivraie aurait-elle plutôt corrompu le bon grain ? » (Mt 13, 24-30)

Notre propos consiste ainsi à apprécier l’attitude de l’Eglise en tant qu’agent de la société civile face à un processus de transformation sociopolitique. L’Eglise sera prise ici en tant qu’institution sociale, à travers ses dits, ses écrits, ses faits, tels qu’ils se livrent à l’observation sociologique et/ou politique.

A ce titre, un regard sera jeté à l’histoire immédiate de cette Eglise, ses relations avec le pouvoir temporel, afin d’en mieux saisir le comportement dans l’ère de la démocratie. Car, les relations Eglise-Etat n’ont pas revêtu le même caractère en temps colonial et en temps post-colonial ; elles n’ont pas été les mêmes non plus sous les dictatures post-coloniales et après l’enclenchement des processus de démocratisation. C’est des relations plutôt variables et tumultueuses, tantôt conflictuelles tantôt harmonieuses.

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