Archives mensuelles : novembre 2016

Eglises et pouvoir politique en Afrique :

Le cas du Congo-Brazzaville

Depuis les indépendances, les diverses Eglises d’Afrique ont joué un rôle remarquable dans les démocratisations enclenchées ces dernières années sur l’ensemble du continent, en prenant une part active, parfois décisive, dans la marche des nations vers l’ouverture au pluralisme politique, vers la démocratie. Dans cette effervescence, certains Etats ont subi, plus que d’autres, une influence beaucoup plus grande des confessions religieuses ; tout comme certaines confessions religieuses, par leur importance sociale, auront marqué plus que d’autres l’évolution politique de leurs pays.

Faire une évaluation globale de cet apport des Eglises à la démocratisation des Etats africains nous paraît revêtir un intérêt énorme. Du point de vue historique d’abord : il s’agirait de léguer à la postérité un témoignage sur une époque cruciale, mais aussi déterminante, de la vie et des Eglises et des Etats. D’un point de vue socio-politique ensuite : il est utile d’évaluer la contribution des différents corps sociaux à ces processus; la tendance est forte de se limiter aux seuls acteurs politiques proprement dits, alors que les Eglises se sont avérées particulièrement influentes pour modifier ou infléchir certaines évolutions politiques. Enfin pour les Eglises elles-mêmes, évaluer leur contribution permettrait d’apprécier les efforts fournis et ceux qui restent à fournir.

Dans les pays à forte concentration chrétienne, les Eglises chrétiennes, toutes obédiences confondues, ont apporté une contribution substantielle à l’instauration ou à l’aboutissement des démocratisations depuis 1990. Au Congo-Brazzaville, c’est par une série de lettres, celui de l’épiscopat catholique autant que celui du Conseil Œcuménique des Eglises Chrétiennes, que les Eglises se sont jointes aux revendications populaires. Un peu partout sur le continent, les hiérarchies ecclésiales auront largement pris part aux débats politiques ci et là engagés.

Pour les catholiques, autour des années 1990-1991, ce fut surtout la figure des évêques-présidents des Conférences nationales qui a prédominé dans cet investissement en faveur de la démocratie. Mgr De Souza, archevêque coadjuteur de Cotonou, au Bénin ; Mgr Ernest Kombo, évêque d’Owando, au Congo ; Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, archevêque de Kisangani, au Zaïre ; Mgr Philippe Fanoko Kossi, évêque d’Atakpamé, au Togo ; et Mgr Basila Mvé, évêque d’Oyem, au Gabon. Quel bilan peut-on dresser de cette intrusion du clergé dans le monde diabolique de la politique africaine ? Le « bon grain a-t-il réussi à convertir l’ivraie » ou « l’ivraie aurait-elle plutôt corrompu le bon grain ? » (Mt 13, 24-30)

Notre propos consiste ainsi à apprécier l’attitude de l’Eglise en tant qu’agent de la société civile face à un processus de transformation sociopolitique. L’Eglise sera prise ici en tant qu’institution sociale, à travers ses dits, ses écrits, ses faits, tels qu’ils se livrent à l’observation sociologique et/ou politique.

A ce titre, un regard sera jeté à l’histoire immédiate de cette Eglise, ses relations avec le pouvoir temporel, afin d’en mieux saisir le comportement dans l’ère de la démocratie. Car, les relations Eglise-Etat n’ont pas revêtu le même caractère en temps colonial et en temps post-colonial ; elles n’ont pas été les mêmes non plus sous les dictatures post-coloniales et après l’enclenchement des processus de démocratisation. C’est des relations plutôt variables et tumultueuses, tantôt conflictuelles tantôt harmonieuses.

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L’EGLISE DANS L’ETAT MARXISTE :

L’EDUCATION au centre des Relations entre le prélat CATHOLIQUE et le PRESIDENT marxiste.

Contrairement à ce que pense plus d’un observateur, les rapports entre le pouvoir marxiste et les religions, notamment la religion chrétienne,  ne se sont pas dégradés avec la naissance du PCT (Parti Congolais du Travail). Même avec les slogans du genre « la religion est l’opium du peuple », au gré des événements politiques, la doctrine religieuse n’a pas été supplantée par celle du Parti. Deux hommes marqueront cette page capitale de l’histoire politique du Congo-Brazzaville.

L’Abbé Emile Biayenda est né en 1927 à Mpangala dans la région du Pool. Il est ordonné prêtre le 26 octobre 1958. Il est d’origine Kongo. En compagnie de l’Abbé Louis Badila, il s’oppose farouchement à l’instauration du monopartisme en 1964. Arrêté à plusieurs reprises, il sera torturé pour ses prises de position. Pour l’éloigner du pays et se faire soigner, il vient à Lyon où il fait une thèse de sciences sociales sur le développement. De retour à Brazzaville, il est successivement nommé, Archevêque coadjuteur, le 7 mars 1970, d’abord, puis élevé au rang de Cardinal, le 5 mars 1973.

Marien Ngouabi est né le 3 décembre 1938 à Ombellé (département de la Cuvette-Est) en pays Mboshi d’une famille modeste. Il devient président après le réalignement révolutionnaire de 1968 qui marginalise puis destitue Alphonse Massamba-Débat. Son régime, marqué par une analyse objective des concepts marxistes de lutte des classes et de dictature du prolétariat, est basé sur un parti-élite à la soviétique, le PCT, qui devient parti unique.

Marien Ngouabi, personnage complexe et cultivé, que son extrême simplicité et son accessibilité rendent comparable à Agostinho Neto (Angola) ou Thomas Sankara (Burkina Faso), termine comme eux tragiquement sa carrière politique. Après les tentatives avortées de coup d’État de Kinganga (1970) et Ange Diawara (1972-1973), pris entre intérêts pétroliers naissants, rivalités discrètes entre Occident et URSS, et conflits latents entre micro-nationalismes congolais Nord-Sud, Marien Ngouabi est assassiné le 18 mars 1977 dans sa résidence de l’état-major à Brazzaville.

Incontestablement, l’éducation en vue du développement national demeure le point de convergence entre le Cardinal Biayenda et le Commandant Marien Ngouabi. Ces deux hommes ont connu les geôles du régime de Massamba-Débat. Le premier a dû se soigner en France et a réalisé un travail de sociologie à l’Institut catholique de Lyon. Le second a profité des divergences entre l’armée et le MNR pour s’emparer du pouvoir. Il considère le cardinal Biayenda comme un homme de religion, peu importe son appartenance ethnique. Il apprécie surtout son approche de l’éducation en vue du développement.

Dans cet article, nous verrons que pour les deux hommes, le « développement intégral et religion » sont conciliables s’ils sont perçus comme processus. Cela implique que, ni la religion ni le développement ne sauraient être figés dans des formes définitives. Ce qui peut laisser supposer la possibilité d’une évolution. Les envisager comme un processus, c’est voir dans ces deux phénomènes, une quête permanente. C’est à notre avis la justification d’une amitié entre le marxiste et le religieux.

 

 

LES DROITS DES ETRANGERS :

Législation, règlementation et pratique 

Les droits des étrangers (Immigration et Asile), droits dont les sujets exclusifs sont les non-nationaux, concernent essentiellement l’entrée et le séjour sur le territoire français des non-français.  L’élément d’extranéité s’arrête avec l’acquisition de la nationalité française. Les étrangers entrent en France parfois en demandant de bénéficier du droit d’asile. En vertu du droit international, les États européens disposent d’une compétence discrétionnaire pour déterminer leur politique d’immigration, ce qui explique que la Convention européenne des droits de l’homme et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques ne régissent expressément que l’expulsion.

Les règles régissant le droit des étrangers, en France, connaissent (depuis l’Ordonnance du 2 novembre 1945 relative aux conditions d’entrée et de séjour des étrangers) d’importantes évolutions, conduisant à des réformes régulières de plus en plus complexes des lois sur l’immigration. Les travailleurs sociaux peuvent être démunis face aux situations relatives aux droits des étrangers, aux nouveaux dispositifs, aux nouvelles tâches et compétences à intégrer.

Pour informer, conseiller et orienter les migrants de manière efficace sur leurs démarches, il est indispensable de posséder une connaissance fine du cadre règlementaire, des démarches et pratiques en la matière. Les thèmes abordés sont notamment l’entrée et le séjour en France, les statuts de protection, le travail, l’aide sociale, la nationalité, l’apatridie, la demande d’asile et le droit européen et international. La France, parce que signataire de plusieurs traités européens et internationaux, et le travail de plusieurs institutions et associations sur le terrain, assurent déjà le respect et l’application des droits des étrangers. Toutefois, la réalisation plénière de ces droits n’est pas totalement accomplie. Ces deux aspects, qui se complètent, sont un chemin d’avenir.

Dans cette étude, il s’agit surtout de concilier les exigences spécifiques de la matière du droit des étrangers : une connaissance des principes fondamentaux (au niveau national, européen, et international) alliée à celle de la pratique de terrain.

 

LA CRISE DE L’ETAT  SUCCESSEUR au Congo-Brazzaville

Les émeutes d’août 1963 et  la chute du Président l’Abbé Fulbert Youlou

L’analyse de la situation politique et économique de l’Etat congolais naissant, pour être comprise, doit tenir compte du cadre socio-historique dans lequel cette république a été créée. Elle  est  une œuvre « dite de décolonisation », mais une œuvre du colonisateur. La décolonisation ne pouvait régler les problèmes nés de plusieurs décennies de domination ; tout au plus, les a-t-elle déplacés. C’est dans ce sens que la notion d’« Etat successeur » apparaît plus intéressante que celle d’ « Etat néocolonial ». Elle souligne que les dirigeants doivent résoudre des problèmes dont ils ont hérité : le sous-développement, le caractère artificiel d’un Etat sans nation, un mimétisme politique, une absence de sentiment national. L’unité nationale réalisée, l’indépendance acquise, le pouvoir consolidé trouve une assise constitutionnelle autour du président Fulbert Youlou, un prêtre de l’Eglise catholique. Dès le départ, la jeune république se fixe dans un premier temps, deux objectifs majeurs : d’une part, l’équipement et l’industrialisation du pays ; d’autre part, la mobilisation de la jeunesse urbaine oisive en vue de la soustraire à la propagande subversive de l’UJSC (Union de la Jeunesse Socialiste Congolaise)et de la CGAT (Confédération Générale Africaine du Travail).

Fort de ses appuis dans les milieux européens, Fulbert Youlou lance une politique de libéralisme économique. Il fait voter une loi portant reclassement et utilisation de la jeunesse sans emploi. Cependant, ce pouvoir politique, qui porte déjà le poids des conditionnements socio-historiques, doit faire face à une opposition hétérogène dont les effets coalisés finissent par provoquer une crise qui marquera la fin de la première expérience de démocratie pluraliste. Cette crise sans précédent, mais annoncée, marquera toute la suite de l’histoire politique pendant près de trois décennies.  Elle suscitera la création d’un espace politique de type militant. En outre, elle constituera le troisième mythe politique fondateur : « La Révolution des Trois glorieuses » sur lequel s’appuiera la classe politique congolaise jusqu’aux  années 90.

Cet article s’organise en trois points : en premier lieu une analyse de la situation centrée sur l’évocation des conditionnements locaux et extérieurs sur la gestion du pays ; ensuite l’examen du déroulement de la crise ; enfin une tentative d’interprétation de ce que la classe politique progressiste appelle la « révolution congolaise ».